Témoignage

Discrimination

Monstre. Sorcière. Extraterrestre.

Les enfants savent frapper où ça fait mal, on est cruel entre nous à l’école, et ce, depuis le début. Je ne connaissais même pas encore le sens du mot ”discrimination”, que je ne me sentais à ma place nul part.

Monstre. Sorcière. Extraterrestre.

J’ai entendu ces mots un nombre incalculable de fois. Et ils ont une chose en commun, ils montrent une différence.

Oui. J’étais différente des autres.

Et je le suis encore. Sauf qu’à l’époque, je pensais que c’était mal. C’est ce qu’on me mettait en tête, avec ces mots péjoratifs, blessants. Ça me faisait mal.

Mais un jour j’ai compris.

Quand quelqu’un croit avoir remarqué une faiblesse chez toi, il en profite, il appuie dessus. Et pour ne pas être victimes, tous préfèrent être bourreaux. Pour ne pas avoir mal, tous préfèrent faire mal.

Et ce jour-là, j’ai décidé que ma différence n’était pas ma faiblesse, c’était ma force.

D’une nature vengeresse, j’ai voulu m’amuser un peu. J’ai voulu blesser autant qu’on m’avait blessé. Ils m’appelaient ”monstre”, je suis devenue le monstre.

À l’école, en dehors. Adulte, enfant.

J’ai fait mal à beaucoup de monde dans ma vie. Parce qu’on m’avait fait mal.

Évidemment, ce n’était pas la meilleur chose à faire. Mais je n’aurai pas l’hypocrisie de vous dire que je regrette.

Rare sont ceux qui peuvent tendre l’autre joue. Qui peuvent encaisser les coups, sans pour autant avoir envie de se venger, ou tomber dans la dépression, avec des idées de plus en plus noires.

Je pense que c’est ma fierté qui m’a sauvé d’une possible dépression. Quand mes idées devenaient de plus en plus sombres. Quand je me disais que, si un camion me fonçait droit dessus, je ne bougerais pas d’un pouce. Quand je me disais que reposer au fin fond des mers serait une belle sortie. C’est ma fierté qui m’a sauvé.

Parce que oui, je suis fière.

Je ne suis pas une bonne personne, loin de là. Mais je suis fière d’être celle que je suis. Le nombre de mes secrets est trop grand pour une seule fille. J’ai vu, subi, et infligé des choses atroces, mais je me suis construite, et je suis debout.

Et je me battrais toute ma vie.

Pour un jour, dire à mes enfants : « Votre mère est forte, et cette force, vous l’avez aussi en vous. Chaque blessure cicatrise. Chaque coup dur est surmontable. Chaque jour passé, une fierté pour soi-même. Une fierté de pouvoir dire, je suis là et que ça plaise oo non, je resterai ! »

Les adjectifs qu’on m’ont donnés, même mes professeurs, maintenant j’en ris.

Dépressive. Suicidaire. Étrange.

Non.

Je suis juste différente, atypique.

Je suis moi.